GRANDIR

 

 

Si vous demandez à un enfant ce qu'il veut faire plus tard, il n'y a qu'une chance infinitésimale qu'il réponde avec un enthousiasme non contenu qu'il rêve d'une carrière au rayon fruits et légumes de l'hypermarché du coin. Mais vous n'oserez certainement pas tenter de perturber l'idéal utopique du poussin qui croit dur comme fer à son avenir de cosmonaute depuis qu’il a vu avatar au cinéma. De fait, l’adulte désabusé et un peu cynique que vous êtes devenu cède  à la nostalgie de ces douces années, quand  la froide statistique  n’exerçait aucune prise sur vos projets d’avenir. Le thème du destin foireux après les illusions de l’enfance a déjà été abordé, sous des angles différents, dans deux autres chansons. Il s’agit de  ‘’quand la craie s’efface’’ qui figure dans l’album autrement (le premier opus en solo) et de’’ la complainte du chien de prairie’’, une œuvre rangée au fond d’un tiroir que personne n’a jamais entendue mais néanmoins intéressante. La première – quand la craie s’efface – évoque le devenir de trois amis d’enfance, notamment la destinée médiocre de celui qui s’imaginait plus tard musicien célèbre. La seconde dénonce la distribution aléatoire des cartes à la naissance et les opportunités offertes à quelques rares privilégiés  (les aigles) en regard du sort réservé aux petites gens (les chiens de prairies). De ces trois textes, celui de grandir, qui s’appuie sur une succession d’images naïves de vaillants et fiers héros d’aventure, n’est sans doute pas le mieux construit ou le plus élaboré. Il me rappelle une cabane perchée dans un arbre, montée en dépit du bon sens  par des garnements ignorant  des règles de l’architecture et totalement dépourvus du sens de l’esthétique. C’est peut-être pour ça qu’il reste à mes yeux le plus touchant. Et autant le dire, l’écrire a été un jeu d’enfant…
                                                                                                                                                                                                                                       JM



Pousser la balançoire
toucher le ciel du pied
il suffisait d'y croire
au début de l'été

Il nous tardait de vivre
Il nous tardait d'aimer
Curieux que l'avenir
Nous livre ses secrets

Grandir
Pour voir s'éloigner nos rêves de môme
Grandir
Et tout ça pour faire de nous des hommes
          

Chef des cheyennes
Vaillant et fier
Iles lointaines
Braves des mers
Le vent m'emmène
Croiser le fer
Roi des corsaires
Mon capitaine


Que deviens-tu cheyenne,
Toi fier et grand guerrier?
J'ai passé la trentaine
Seul devant ma télé

Que deviens-tu Corsaire
Toi bel aventurier?
J'ai jamais pris la mer
Jamais quitté le quai.