ELLE LAISSE DES...

                                                    
Elle laisse des trous d'ver

pour qu'un autre monde existe

Un ciel entr'ouvert

par le sucre d'un chimiste


Elle me désaccorde

Elle me déconnecte

Mes pensées débordent

lucides et parfaites

Les lignes se tordent

et suivent ma quête


Elle laisse des cratères

aux racines de mes cheveux

Des larmes incendiaires

qui ruissellent de mes yeux

                                          Un bouquet d'autruches bleues

Quand il m'a fait écouter ce morceau dans sa version yaourt (sorte d'anglais sans queue ni tête), Gabriel a beaucoup insisté pour qu'on se penche illico sur  l'écriture du texte en français. En langage Gaby, cela signifie « je sens que je peux en faire quelque chose mais je n'ai pas trouvé de thème pour les paroles, alors si tu pouvais y réfléchir de ton coté, là tout de suite, ça m'arrangerait... ». ''Il faudrait, a-t-il ajouté, un truc qui sorte de l'ordinaire pour bien marquer sa différence''. Du coup, j'ai réécouté la chose, en fronçant les sourcils et mordillant une branche de mes lunettes, en opinant de temps à autre du chef comme si la mélodie m'inspirait. Au bout de trois minutes quinze – le temps de la chanson- j'ai dit : je vois. Sauf que je voyais rien du tout. J'ai pensé, je vais écrire un texte sur le vide dont le titre sera néant.
Le lendemain, j'ai rappelé Gabriel et lui ai lu à haute voix les paroles que j'avais imaginé. Après quoi, il y a eu un long silence au bout du fil, mais je m'y attendais. Il m'a demandé alors de le relire et, me doutant qu'il n'avait rien compris, je me suis exécuté. A sa réaction de nouveau muette, je lui ai rappelé ses désidératas '' tu voulais un truc qui sorte de l'ordinaire, eh bien tu l'as, ai-je déclaré''. '' Oui mais là, ça ne veut vraiment rien dire'', m'a-t-il rétorqué. En fait, il avait raison. J'avais pondu un texte complètement barré en associant des mots  n'ayant aucun rapport entre eux, à la  manière surréaliste. J'avais déjà utilisé cette technique dans le passé avec un certain succès – notamment dans la chanson ''expérience'' (je lisais dans ma chambre à air, la valve ouverte aux idées. Le chirurgien des lettres tranchait un w...) mais cette fois, la mayonnaise ne prenait pas au goût de Gaby. Il est vrai que les paroles d'expérience, bien que farfelues, ont malgré tout un sens (il s'agit d'un texte sur les paroles que personne n'écoute). Celles de ''elle laisse des...'' ( dont le titre était alors ''pendre est l'important'') souffrait de son absence, d'autant que tout le monde serait venu me demander ce que j'ai voulu dire. ''On aura qu'à dire que c'est un mec bourré ou shooté qui s'exprime.'', ai-je lancé pour sauver l'honneur. A ce moment-là, Gabriel a eu cette remarque qui fait tout le sel de notre collaboration : « à la limite, le premier couplet commence par ''elle laisse des'' comme les initiales de la drogue, il faudrait peut-être creuser de ce côté-là... ». J'ai refait le texte en conséquence...

                                                                                                                                          JM