Marre de nous 

"Marre de nous"

On partage la même opinion
J'pense comme toi je te suis à fond
T'es carrée et moi rond
Vraiment pas pareils
Je suis cuir, toi coton
Je dors tu t'éveilles

Ça suffit de dire, Qu'les contraires s'attirent
Alors pour finir , je dis stop
On est bien d'accord, ça n'va plus très fort
Ça m'vient sans effort , je dis stop

Y'a en marre de nous

Vraiment marre de ce feuilleton
Du bide géant de nos discussions
Même néant , même néon
sans paratonnerre.
Pour le reste c'est selon
Si rien d'autre à faire

C'est le dernier stade, le ton reste aimable
fin de la ballade , je dis stop
On est bien d'accord , le feeling est mort
on partage les torts,  je dis stop

Y 'en a marre de nous...




Je devais avoir neuf ou dix ans la première fois qu'on m'a posé ''la'' question, celle qui revient immanquablement sur le tapis quand une grande personne s'adresse à un enfant, juste après le comment tu t'appelles ? A cet âge, on sait déjà que le qu'est-ce-que-tu veux-faire-plus-tard-quand-tu-seras-grand préoccupe les adultes, et qu'il faut bien réfléchir avant de répondre.

Moi, je savais déjà à cette époque que je serai musicien, alors je n’avais pas besoin de me concentrer beaucoup pour accéder à leur demande. Il n’y avait rien de prétentieux dans ma réponse ; j’aurais pu dire chauffeur routier ou charcutier traiteur, cela ne faisait aucune différence à mes yeux. Musicien, c’était le métier que j’imaginais exercer plus tard, voilà tout.

Pourtant, les grandes personnes ne semblaient pas  me prendre au sérieux et systématiquement s’efforçaient de me convaincre de choisir quelque chose de plus raisonnable. ‘’Ça lui passera, disaient-ils à mes parents. Vous verrez, il comprendra le moment venu’’. Seulement voilà, le moment venu, quand il fut question de mon orientation en fin de cycle du collège, j’avais toujours la même idée en tête. Naturellement à cette occasion, après m’avoir infligé leur traditionnelle volée de remarques acerbes et désobligeantes sur mon absence de travail et de discipline au sein de l’établissement, mes profs m’ont demandé ce que je comptais faire de ma vie. Et l’entêté que je suis leur a fait la même réponse qu’à dix ans.
Aujourd’hui cette question m’est posée au présent et ma réponse suscite toujours un sursaut d’intérêt – avec les yeux qui s’éclairent et tout et tout – chez celles ou ceux qui m’interrogent. Dans ces cas-là (ceux qui courent le cachet le savent bien) il y a une règle à observer : mieux vaut laisser à autrui ses illusions sur la vie d’artiste  et garder pour soi la vérité sur les difficultés du quotidien.
Il est clair que si vous leur expliquez en quoi consiste le statut d’intermittent du spectacle, le mythe en prend un coup !
Faire carrière dans la  branche que j’ai choisie n’a évidemment rien d’une promenade de santé. Les aléas sont nombreux, qu’il s’agisse de concerts annulés à la dernière minute, d’un projet qui tombe à l’eau après des semaines de répétitions, ou d’un salaire qu’on omet de vous régler, tout cela j’en ai pris mon parti. Mais la vie d’un musicien a une autre conséquence : son impact sur les relations amoureuses. ‘’Marre de nous’’ raconte la séparation imminente d’un couple pour cause d’incompatibilité.

Les paroles n’ont pas été écrites, comme on pourrait le penser, après une rupture mais elles s’inspirent de choses vécues. Il va sans dire qu’un musicien – qui plus est un chanteur – exerce un attrait considérable sur le public féminin. Les conquêtes de ce côté-là sont donc facilitées. Mais il y a un revers. Sortir avec un musicien, pour nombre de filles, tient un peu du fantasme.

La réalité comporte beaucoup d’inconvénients et malheureusement les filles n’en prennent pas la mesure avant de se lancer dans une relation. Au début, elles se retrouvent aux côtés d’un artiste, une sorte de héros des temps moderne qui mène une existence passionnante et tout le toutim. Mais ensuite, elles réalisent que sa situation n’a rien d’idyllique.

C’est simple : il n’est jamais disponible ! Il doit tout le temps partir quelque part pour  jouer, répéter, enregistrer ou monter de nouveaux projets. Sans compter qu’il ne roule pas sur l’or et qu’il n’a aucune perspective pour améliorer sa condition.

D’ailleurs, musicien c’est pas un vrai métier… et un couple a besoin de stabilité.

                                                                                                                                  Gaby